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Aux Halles de Troyes, dans sa cave à bière « Chez Toche », Maïté Puissant observe l’évolution du secteur brassicole local. Depuis mars, cette professionnelle fait partie du nouveau bureau français de la Pink Boots Society, aux côtés d’une autre figure locale : Clémence Thibord, de la brasserie Thibord. Une nomination qui illustre la place croissante des Auboises dans cet univers.

Un nouveau bureau élu au printemps
Fondée aux États-Unis, la Pink Boots Society dispose aujourd’hui d’antennes, appelées « chapters », dans chacun des États américains et de huit à travers le monde, dont une en France. Le renouvellement de la gouvernance, exclusivement féminine et ouverte aux femmes et personnes non-binaires, est intervenu officiellement en mars.
À cette occasion, deux représentantes de l’Aube ont été choisies pour piloter le réseau français : Clémence Thibord accède à la présidence, tandis que Maïté Puissant prend en charge le secrétariat. « C’est assez naturel », explique cette dernière, évoquant une collaboration facilitée par leur proximité géographique et leur engagement commun dans la filière brassicole locale.
Cette prise de fonction s’inscrit aussi dans une continuité interne. « Je n’avais pas forcément prévu d’être présidente, mais il fallait renouveler les mandats. Les filles m’ont proposé », confie Clémence Thibord, engagée dans l’association depuis ses débuts.

Une association internationale engagée
Le réseau hexagonal compte aujourd’hui une quinzaine de membres, contre une quarantaine à ses débuts. Une baisse que la nouvelle équipe entend inverser. « La profession traverse une crise et certaines ont changé de métier. L’association a aussi connu un démarrage compliqué », explique la présidente.
« On relance les membres pour identifier leurs besoins », souligne Maïté Puissant. L’association rassemble exclusivement des professionnelles de la bière : brasseuses, cavistes, formatrices ou communicantes. À l’origine, la Pink Boots Society est née d’un constat : celui de femmes longtemps restées dans l’ombre. « Le but, c’était de mettre en avant des femmes un peu invisibilisées dans les brasseries et de leur permettre de se créer un réseau et d’évoluer dans leur carrière », explique Clémence Thibord.
Collecter des fonds pour former et accompagner
Toute l’année, et particulièrement autour du 8 mars, journée internationale des femmes, des brassins collaboratifs sont organisés avec des brasseries partenaires. Ces dernières s’engagent à reverser une partie des bénéfices à l’association. « Et avec cet argent, nous finançons des formations pour nos membres », détaille la présidente.
Contrairement aux États-Unis, où les fonds servent souvent à financer des études coûteuses via des bourses, l’association française privilégie pour l’instant des formats plus courts : « On ne va pas payer deux ans d’études, mais plutôt des formations ciblées : zythologie (l’équivalent de l’œnologie pour la bière), analyse sensorielle des bières, communication graphique ou encore développement de nouvelles gammes comme les boissons sans alcool. Le monde de la bière regroupe des profils très variés, donc chacune a des besoins différents », précise Clémence Thibord.
L’accompagnement ne se limite pas aux formations en présentiel. L’association développe également des formats plus souples, comme des webinaires techniques ou pratiques : réglage de tireuses, partage d’expériences ou montée en compétences sur des outils professionnels. Ces rendez-vous réguliers participent à structurer le réseau.
Relancer la dynamique
Au-delà de la formation, le nouveau bureau souhaite redynamiser l’association et lui redonner de la visibilité.« Des projets de collaborations entre brasseries sont à l’étude », indique Maïté Puissant. L’objectif est double : faire connaître le réseau à l’échelle nationale et attirer de nouvelles adhérentes. « Plus on financera de formations, plus on pourra attirer de membres », résume Clémence Thibord, qui souhaite insuffler un second souffle à une structure fragilisée ces dernières années par les difficultés du secteur.

Des femmes au cœur de l’histoire… et du présent
Si la bière reste souvent associée à un imaginaire masculin chez les consommateurs, l’histoire raconte une réalité bien différente. « À l’origine, c’étaient les femmes qui brassaient la bière à la maison. Elles faisaient le pain solide… et le pain liquide », rappelle Clémence Thibord.
Longtemps activité domestique, le brassage était en effet assuré par les femmes avant de devenir une activité économique progressivement accaparée par les hommes. Aujourd’hui encore, cette histoire reste méconnue du grand public. « Lorsque j’ai monté mon projet de brasserie en 2013, on entendait encore des réactions comme : “Ah bon, les femmes font de la bière ?” Je disais en rigolant : les femmes faisaient la popote. Donc oui, c’est elles qui ont fait la bière durant plusieurs générations », observe la présidente. « Les vrais brasseurs savent que les femmes ont toujours brassé. » ajoute-t-elle.
Une dynamique bien ancrée dans l’Aube
La présence de deux Auboises à la tête du réseau français reflète aussi le dynamisme local. « C’est une région très active dans le milieu de la bière », souligne Maïté Puissant.
Le département compte plusieurs initiatives portées par des femmes. Parmi les pionnières figure la brasseuse du Moulin Saint-Martin, à Romilly-sur-Seine, qui a lancé son activité dès 2003. Depuis, d’autres projets ont émergé : Thibord à Pâlis, La Roof à Fouchères, La Loge à Chaource, Jumie à Buchères, Grand Duc à Sormery (89), L’Once Troyes à Géraudot, ou encore la cave Le Caju à Saint-André-les-Vergers, fondée par deux femmes.
Autant d’exemples qui témoignent d’une présence féminine bien réelle dans la filière, même si les représentations évoluent encore lentement.« Les femmes ont toujours été présentes dans ce milieu », insiste Clémence Thibord. Le nombre d’activités de brasserie pilotées exclusivement par des hommes aubois est finalement quasiment équivalent : Maison Branche (Charmont-sous-Barbuise), Bulles de Paradis (Arsonval), L’Ours Doré (Verrières), Nauvora (Nogent-sur-Aube), Erbicia (Herbisse).
Faire évoluer les regards
Pour la Pink Boots Society, l’enjeu est donc aussi culturel. « On dit encore souvent “un brasseur”, rarement “une brasseuse”. Mais les choses changent », souligne Maïté Puissant. « On est là pour montrer que ce n’est pas un milieu uniquement masculin », insiste-t-elle. Un combat qui trouve, dans l’Aube, un terrain particulièrement fertile.
Pink Boots Society France : https://www.pinkbootssociety.org/france-leadership-team
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.


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